E (suite)
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L’ère des chanteurs
Baïf utilise trois caractères e différents qui, au moins dans certains contextes, correspondent aux trois timbres bien connus. Il les explicite même au début de ses Etrénes, en prenant pour exemple le mot honnêteté ([Onè:tëte]) :
Ee brièf. Éé komun. Èè. long. lès troès sont ô môt ONÈTETÉ.126
Il se sert de la même fonte que Ramus en 1572, mais avec les permutations suivantes :
- Le caractère e figure dans tous les cas e féminin, toujours bref.
- Le caractère è n’apparaît que dans les positions métriques longues. Coiffé d’un circonflexe, et donc long par nature, il correspond à un e ouvert. Sans circonflexe, il figure un e ouvert s’il est en syllabe fermée, mais son timbre reste incertain en syllabe ouverte.
- Le caractère é peut apparaître dans n’importe quelle position métrique (longue ou brève). Son timbre est certainement fermé lorsqu’il est coiffé d’un circonflexe et donc long par nature, ainsi qu’en finale de mot et en syllabe fermée. En syllabe ouverte, son timbre est incertain127.
En poète, Baïf ne poursuit pas le même but que les grammairiens. Alors que ceux-ci s’efforcent d’établir l’usage, quitte à le modeler, il en exploite au contraire les variantes, ce qui lui permet d’accommoder certaines syllabes, dites communes, aux exigences des schémas métriques auxquels il s’astreint. Ainsi, si le même mot figure, dans deux vers consécutifs, écrit une fois avec è et une fois avec é, il ne faut nullement l’accuser d’inconséquence. Cette capacité à varier se rencontre en particulier dans les situations suivantes :
- En syllabe accentuée ouverte : les mots de la série pere, mere, frere sont notés par é lorsque la métrique exige une syllabe brève et par è lorsque elle en exige une longue, comme dans cet hexamètre dactylique :
Plus le pér’ ôz anfans, ni ne sanblet oã Père lez anfans :128
(Lbb LL Lbb Lbb Lbb LL)
Autre exemple, l’infinitif faire, le plus souvent noté par è, mais pour lequel Baïf ne rechigne pas, à l’occasion, à utiliser é lorsqu’il a besoin d’une brève129. Il note en revanche systématiquement par é les mots en -iere (premiere, nourriciere). Dans sa logique, ie est une diphtongue et ne peut donc en aucun cas apparaître dans les positions métriques brèves : il n’a pas besoin d’utiliser è pour le signaler et resterait libre d’utiliser é ou è. Il est donc probable que é soit mis pour e fermé. Des alternances comme pére/père ou fére/fère étaient-elles, quoique déterminées par le mètre, de nature à susciter malgré tout, dans la bouche de celui qui déclamait, une alternance [e]/[è] ? Il n’est pas possible de le savoir mais il n’est pas complètement interdit de le supposer.
- Les clitiques en -es devant voyelle : lorsqu’il a besoin d’une brève, Baïf les note par e féminin, selon un usage attesté par plusieurs grammairiens. Lorsqu’une longue est requise, il utilise è (probablement ouvert , comme lorsque la même syllabe est rendue fermée par une consonne initiale subséquente), ce qui pouvait déjà être ressenti comme plus soutenu. On a donc Pùr lez uméins (Lbb L) mais dèz omes mortèls (Lbb LL)130.
Dans d’autres situations, Baïf s’en tient strictement à une graphie :
- Il note systématiquement par è la première personne du futur, même lorsque, si le mot suivant commence par une voyelle, cette syllabe est abrégée (correptio). On a ainsi : je rakontrè aã Pèrsès (bbLbbLL). S’il n’utilise pas é dans cette situation, alors même que cela aurait signalé de manière plus claire le caractère bref de la syllabe concernée, on peut supposer – mais rien n’est certain – que son oreille demandait un e ouvert. On retrouve le même phénomène dans garde møÀ ôÎ mon sùveréin défansör (LbbLLbbLbLL)131.
- Il note systématiquement les infinitifs en -er par é, mais les mots comme mer, fer, Jupiter par è. Comme les syllabes correspondantes sont le plus souvent fermées, on en déduit qu’il demande respectivement e fermé et e ouvert132.
- Il note les noms, adjectifs et participes en -é par un é qu’on peut considérer comme fermé.
- Il note les mots en -és, ainsi que les deuxièmes personnes du pluriel en -ez par un é (fermé), à l’exception des futurs, qu’il note par un è (ouvert), suivant en cela l’usage parisien133.
- Il note et et cette par un é probablement fermé134, la forme verbale est par un è souvent circonflexe et par conséquent ouvert.
- Il note avec une grande régularité le préfixe de(s)- par é (fermé ?) devant consonne et par e (féminin) devant voyelle.
Mersenne distingue aussi les trois e classiques :
Quant à la seconde voyelle e, il y en a semblablement trois, à sçauoir le feminin, qui est sourd, & mol, comme le sceua des Hebrieux, & qui ne se prononce point à la fin des dictions qui sont suiuies d’vn mot commençant par vne voyelle c’est pourquoy il seroit à propos de l’oster, en mettant vne virgule pour signifier son absence, comme l’on void en ces mots, il chemin’à pied, pour il chemine à pied : ce qui se pratique par plusieurs il y a longtemps, particulierement dans les vers rimez. La seconde s’escrit auec vn accent aigu, é, & se prononce comme l’e Latin du vocable domine. Le troisiesme se prononce à bouche ouuerte, comme en ces mots teste, feste, etc. au lieu desquels il faudroit escrire tête, fête, afin que nul ne prononçast la lettre s : car il seroit bon d’oster les lettres superfluës de nostre escriture, c’est à dire celles qui ne se doiuent iamais prononcer, afin de mieux establir la quantité, ou le temps des syllabes Françoises, de sorte que cet ê s’escriroit auec un accent circonflexe pour signifier sa longueur & sa prononciation entre a & e.135
Les deux e sonores apparaissent très clairement, et la description de l’e féminin, avec la référence au schwa, évoque un e central qui n’est probablement pas labialisé.
Bacilly, au sujet des divers e, « à sçauoir de l’e ouuert, ou plus ouuert, de l’e masculin, ou feminin », renvoie aux grammairiens, se contentant de rappeler que « selon que l’e est plus ou moins ouuert, il faut plus ou moins ouurir la bouche »136. Il reste donc en retrait du débat sur les e sonores, mais c’est pour mieux s’engager au sujet de l’e féminin :
L’e feminin est vn certain e qui ne se prononce point comme les autres, & auquel on n’a guere plus d’égard que s’il n’y en auoit point du tout, & qui ne sert simplement que pour former la syllabe qui le compose, que l’on appelle en Poësie syllabe feminine, par laquelle sont distinguez les Vers feminins d’auec les masculins. On lui a donné le nom d’e muet, à cause qu’il n’a aucune Prononciation de soy : ainsi il semble qu’il est inutile d’en vouloir établir des Regles, tant pour la Prononciation que pour la Quantité.
[…]
Il est vray que dans le langage familier, l’e muet n’est d’aucune consideration à l’égard de la Prononciation & de la Quantité, & il n’y a que la Nation Normande & leurs voisines qui fassent sonner mal à propos l’e muet, & qui le prononcent comme la syllabe en, en disant Tablen pour Table ; mais quant à la Declamation (& par consequent au Chant qui a vn grand rapport auec elle) cet e est si peu muet, que bien souuent on est contraint de l’appuyer, tant pour donner de la force à l’expression, que pour se faire entendre distinctement des Auditeurs ; & pour ce qui est du Chant, souuent l’e muet estant bien plus long que les autres, demande bien plus d’exactitude & de regularité pour la Prononciation que les autres Voyelles, & ie ne vois rien de si general, que de le mal prononcer, & de si difficile à corriger, à moins que d’obseruer soigneusement le remede que ie croy auoir trouué, qui est de la prononcer à peu pres comme la Voyelle composée eu, c’est à dire en assemblant les levres presque autant comme on fait à cette dyphtongue, auec laquelle ces sortes d’e ont vn fort grand rapport.
Pour faire donc que l’e muet soit bien prononcé lors qu’il se rencontre auec vne Notte longue, l’vnique moyen est de le prononcer à peu près comme vn e & un u ensemble ; de sorte que pour corriger le defaut de ceux qui prononcent extremen pour extreme, ineuitablen pour ineuitable, soit Normans ou autres, ou qui pour ne pas assez fermer la bouche, luy donnent quasi le son d’un autre e, ou mesme vn peu d’vn a, comme on remarque tous les jours dans les Maistres mesmes, en disant extremea & ineuitablea, lors qu’il se rencontre des Nottes qu’il faut tenir longues sur la finale de ces deux mots extreme, ineuitable, & autres semblables ; on n’a qu’à leur ordonner de prononcer extremeu & ineuitableu, & comme d’abord cela leur paroistra vn peu barbare, ils ne voudront pas former si fort l’eu dyphtongue, & demeurant dans vne certaine mediocrité, ils prononceront parfaitement l’e muet ; mais comme la pluspart des Femmes sont ennemies des Prononciations qui changent la figure ordinaire de la bouche lors qu’on ne dit mot, croyant que par là elles feroient vne grimace, elles seront sans doute aussi incredules sur ce Chapitre que sur la veritable Prononciation de l’eu, dans laquelle elles sont presque toutes incorrigibles.137
Il était utile de citer largement, car tout indique que ces quelques paragraphes, joints à l’effort pédagogique incessant de leur auteur, ont eu pour effet de modifier profondément la manière dont l’e féminin français était chanté. A l’origine, nous avons donc un e central non labialisé, encore fort bien attesté par les grammairiens de la Renaissance. Parallèlement à cet e « originel » est apparue une variante labialisée, d’abord considérée comme populaire, puis admise par certains grammairiens (Oudin) mais contestée par d’autres (Chifflet). Si ce que Bacilly rapporte est exact, les chanteurs de son temps avaient, que ce soit par tradition ou par peur de faire des grimaces, gardé l’habitude de ne pas labialiser l’e féminin. C’est Bacilly lui-même qui, insatisfait de cette prononciation qui tire sur l’a ou a tendance à se nasaliser, impose la labialisation.
Blanchet, en 1761, confirmera cette version des faits :
La pluspart de nos expressions sont terminées par des e muets, ou par des consonnes, dont quelques-unes sont nazales : il n’est pas possible que l’oreille n’en soit infiniment offensée. A l’aide de la Prononciation ne pourroit-on pas corriger ces défauts, tirer un grand avantage des voyelles qui entrent dans la formation des termes François, & par-là même, ajouter beaucoup à l’harmonie de notre Langue ?
L’e muet naturellement opposé au beau Chant ne rend qu’un son sourd : aussi la Prosodie Françoise qui n’exige qu’une syllabe pour la rime masculine en exige-t-elle deux pour la féminine c’est pour cette même raison que l’articulation chantante & l’expression de la Musique, demandent qu’on appuye sur cette lettre quand elle est placée à la fin des mots. On ne sçauroit le faire sans que les mouvements des organes qui produisent l’e muet soient continués ; & pour-lors, on rend à peu près la diphtongue eu, mais non éü, comme certaines gens l’ont malignement interprétée. Cette règle ne doit avoir lieu que dans le cas dont je viens de parler : lui donner plus d’étendue, ce seroit faire changer en quelque sorte de nature à la plûpart de nos expressions.
Cette espèce de Prononciation fut connue dans le seiziéme [sic] siécle d’un excellent Maître à chanter, qui composa néanmoins un fort mauvais Livre sur un Art dont il connoissoit à fond la pratique ; tant il y a loin quelquefois du talent à l’esprit ! Voici comment il s’explique. (a) « Pour ce qui est du Chant l’e muet étant bien plus long [… Citation exacte du passage de Bacilly sur le sujet …] qui est de le prononcer à peu près comme la voyelle composée eu. »
La régle que j’ai prescrite est gardée rigoureusement par nos fameux Chanteurs, & en particulier par MM. Chassé, Jéliotte, & par Mlle Fel : ces deux derniers & M. de Cahusac ont finement observé que la Prononciation dont il s’agit approche fort de celle de l’o doux. Bien des Artistes le changent mal à propos en un gros o dur ; sorte de métamorphose ignoble, & qui ne peut que choquer les graces du Chant.
Les remarques que je viens de faire affoiblissent infiniment une des plus fortes raisons qu’ait fait valoir contre notre Musique un Auteur encore plus éloquent que Philosophe, quoiqu’il le soit beaucoup.138
Blanchet ne conteste donc pas à Bacilly la paternité de cette prononciation chantée, même s’il s’efforce d’en affiner la description, en lui trouvant une parenté avec l’« o doux », probablement notre o fermé ([o], par rapport à l’« o dur » qui correspondrait à [ò]). Je me demande s’il ne faut pas voir ici l’un des premiers témoignages sur le mélange des voyelles dans le chant français. Le grand auteur auquel il fait allusion est sans doute Voltaire, qui écrivait, dans son Siecle de Louis XIV :
La musique française, du moins la vocale, n’a été jusqu’ici du goût d’aucune autre nation. Elle ne pouvait l’être, parce que la prosodie française est différente de toutes celles de l’Europe. Nous appuyons toujours sur la dernière syllabe et toutes les autres nations pèsent sur la pénultième ou sur l’antépénultième, ainsi que les Italiens. Notre langue est la seule qui ait des mots terminés par des e muets et ces e, qui ne sont pas prononcés dans la déclamation ordinaire, le sont dans la déclamation notée, et le sont d’une manière uniforme : gloi-reu, victoi-reu, barbari-eu, furi-eu… Voilà ce qui rend la plupart de nos airs et notre récitatif insupportables à quiconque n’y est pas accoutumé.139
À partir de la seconde moitié du xviie siècle, le terme e muet apparaît progressivement chez les grammairiens à côté du plus traditionnel e féminin, ce qui, manifestement, indique que, dans le discours familier, cette voyelle tendait à ne plus se prononcer à la pause. Il est probable qu’on ait cherché, dans le discours public, et en particulier la déclamation des vers, à conserver l’articulation d’e féminin non élidé, notamment à la rime. On sait avec précision, grâce à la notation musicale, que c’est le cas pour le chant, ce que de Longue constate, presque à regret, en 1737 :
Nos vers féminins sont des masculins réellement pairs ou impairs, pusique de la maniere dont on les prononce, & surtout dont on les chante, ils semblent s’allonger d’une sillabe, & se donner l’ennuyeux mérite de rimer tous avec la diphtongue eu, dès que l’on affecte de trop appuyer sur, e, muet final.140
Ce débat sur l’e féminin chanté est prolongé par D’Olivet en 1771 :
Est-il vrai que dans le chant on doive prononcer gloi-reu, victoi-reu, &c. Il s’agit, non du fait, mais du droit.
J’ai cherché à m’éclaircir là-dessus avec des Maîtres de l’art, & il m’a paru qu’en général, si le Grammairien fait peu de Musique, le Musicien fait encore moins de Grammaire. Quoi qu’il en soit, j’éleverai des doutes qu’un plus habile résoudra. Tout consiste, si je ne me trompe, dans la nature du son que l’E muet produit. Je le définis, une pure émission de voix, qui ne se fait entendre qu’à peine ; qui ne peut jamais commencer une syllabe ; qui, dans quelque endroit qu’elle se trouve, n’a jamais le son distinct & plein des voyelles proprement dites : & qui même ne peut jamais se rencontrer devant aucune de celles-ci, sans être tout-à-fait élidée. Au contraire, le son eu, tel qu’on l’entend deux fois dans heureux, est aussi distinct & aussi plein, il a même force & même consistance que le son des voyelles proprement dites : & delà vient qu’il est compté par nos meilleurs Grammairiens au nombre des vraies voyelles françoises.
[…]
Quoiqu’il soit inutile, & peut-être ridicule, de chercher l’origine de cette prononciation, gloi-reu, ailleurs que dans la bouche de nos villageois ; j’ai cependant eu la curiosité de savoir si nos vieux livres n’en disoient rien : & j’ai appris qu’un Musicien, qui écrivoit en 1668, se glorifie (8) de l’avoir introduite dans le chant françois. On le croira, si l’on veut. Au moins est-il certain qu’au Théâtre ce n’est pas chose rare qu’un Acteur, & surtout une Actrice, dont les talents sont admirés, fasse adopter un mauvais accent, une prononciation irréguliere, d’où naissent insensiblement des traditions locales, qui se perpétuent, si personne n’est attentif à les combattre.141
L’auteur, qui ne se bat pour rien moins que l’abolition de la rime féminine, ce en quoi il a plus d’un siècle d’avance sur les versificateurs, atteste ici que, dans les dernières décennies du xviiie siècle, la prononciation chantée consistant à labialiser fortement les e muets, dont la paternité est attribuée à Bacilly, était toujours la règle parmi les chanteurs, mais apparaissait totalement artificielle aux oreilles d’un spécialiste de la langue. Si l’on en croit Voltaire, l’e des rimes féminines avait fini par devenir réellement muet même dans la déclamation parlée.
Grimarest, en 1707, apporte un témoignage intéressant en ce qui concerne les clitiques mes, des, les, ces… :
Premierement tous les monosilabes en es ont l’e ouvert ainsi ils n’ont pas besoin d’accent [entendez signe diacritique] excepté dès, adverbe de tems ; mais c’est seulement pour le distinguer de l’article, & non pour le faire prononcer. On doit excepter de cette règle deux monosilabes qui ont l’é fermé, si on veut les écrire par une s, ce sont, nés, nasus &, chés, apud : mais comme leur véritable orthographe est de les écrire par un z, la regle que je viens d’établir est générale. Ainsi l’on écrit mes, tes, ses, les, des, sans accent. Je ne trouve rien de plus éloigné de l’usage & de la raison, que le sentiment de l’Auteur de l’Art de prononcer [Hindret], qui veut que ces monosilabes se prononcent en é fermé : Je ne veux pour prouver le contraire, que prier le Lecteur d’en chanter quelqu’un avec cadence, ou avec tenue, le prononcera-t-il comme la derniere finale de bontés ?142
Cette remarque vient compléter fort à propos ce que Bacilly dit de ces monosyllabes, lui qui répète avec insistance qu’ils sont longs143, mais omet de mentionner expressément qu’ils ont l’e ouvert. Au même endroit, Grimarest considère aussi comme ouverts l’e des mots avec, bec, chef, bref, sujet, valet, net, Jupiter, mer, amer, léger, dont il prononce la consonne finale. De son discours, on déduit qu’il considère l’e des infinitifs en -er comme fermé et que, probablement, il n’en prononce pas l’r. Il précise même à ce propos que « toutes consones que l’on fait sonner à la fin d’un mot, comme le c, l’f, & le t, ouvrent l’e qui les précède ». Plus loin, il écrit :
En troisième lieu, c’est le propre de la silabe muette, ou féminine, qui termine un mot, d’ouvrir l’e de la silabe qui la précede, fortement quand il y a deux consonnes entre les deux e, comme dans tonnerre ; foiblement lorsqu’il n’y en a qu’une, comme dans pere.144
Avec ces deux remarques, il formule en fait « les lois de position » appliquées à l’e accentué.
Bérard, au chapitre de l’e, fait la classique distinction entre les trois e du français :
L’e fermé & masculin se prononce en ménageant une ouverture de bouche en large, en découvrant les dents supérieures & les inférieures, & en les tenant un peu séparées : cette lettre est une lettre claire, on forme l’ê ouvert par une ouverture de bouche plus grande & plus ronde que la précédente, & en éloignant davantage les dents que dans le premier cas. L’e muet féminin n’exige qu’une petite ouverture de bouche. On doit regarder les trois sortes d’e, comme lettres gutturales.145
Plus loin, celui que Blanchet accusera de plagiat donne quelques explications sur l’e féminin :
L’e muet naturellement opposé à l’harmonie de notre langue, & par-là même au beau Chant, ne rend qu’un Son sourd : c’est pourquoi la Prosodie Françoise qui n’exige qu’une syllabe pour la rime masculine, en exige deux pour la féminine : les Amateurs, & les gens à talens ne sçauroient exécuter un agrément sur l’e muet ; aussi la plûpart changent-ils en chantant l’e muet en o, sorte de métamorphose ignoble, & qui ne peut que choquer les graces du Chant. On corrigera cet abus en prononçant dans tous les cas les e muets, comme la diphtongue eu de manière que l’u ne soit pas bien décidé, & qu’il ne soit qu’un demi u ; exemples tirés de la Cantate d’Adonis :
Voulez-vous dans vos feux
Trouver des biens durableus,
Soyez moins amoureux,
Deuveunez plus aimableus,
Queu leu soin de charmer
Soit vôtre unique affaireu,
Songez queu l’Art d’aimer
N’est queu ceului deu plaireu.
Cette découverte est d’autant plus belle qu’elle est plus simple : puisque la prononciation de la diphtongue eu, n’est que la prononciation de l’e muet prolongée. Cette régle est la source d’où jaillissent bien des agréments.146
Contrairement à la version « originale » de Blanchet, parue six ans plus tard, l’ouvrage de Bérard ne fait pas référence à Bacilly, et son auteur, restant dans le flou, n’est pas loin de nous faire croire qu’il est lui-même l’auteur de « cette découverte ». Le « demi u » auquel il fait allusion est à rapprocher de la « certaine médiocrité » de Bacilly. Il est probable que, par là, ces auteurs entendent un eu légèrement moins fermé que celui d’amoureux.
Raparlier distingue quant à lui quatre e, l’ « è ouvert », l’« e demi-ouvert », l’« é fermé » et l’« e muet » :
On met un accent grave ` ou circonflexe ^ sur l’è ouvert : on met un accent aigu ’ sur l’é fermé : on ne met aucun accent sur l’e demi-ouvert, ni sur l’e muet, qu’on nomme aussi e féminin.
E ouvert : conquête, succès, intérêts.
E demi-ouvert : misere, musette, fidelle, tristesse.
E fermé : café, bonté, charité, fermeté.
E muet : monde, livre, homme ; cet e se prononce comme s’il y avoit un u à la fin. Il faut supposer cependant que cet u n’a que la moitié du son d’un u naturel ; on dit : mondeu, livreu, hommeu.147
On remarquera que, trente ans après l’« officialisation » de père ([pèR]) par l’Académie, Raparlier considère encore que misere n’a qu’un « e demi-ouvert », qui correspond sans doute à l’e moyen des grammairiens. Plus loin, il prescrit de prononcer Hélas! par « è ouvert »148, mais l’exemple est trop isolé pour qu’il soit possible d’en tirer quelque chose de général.
Lécuyer distingue aussi quatre e :
L’É muet. Je, le, de, monde, &c.
L’É fermé marqué d’un accent aigu que j’appelle É clair. Beauté, Majesté.
L’É un peu ouvert que j’appelle moyen. Muzette, zele, modele.
L’É très-ouvert marqué d’un accent grave. Succès, procès, lumière.
Ou d’un accent circonflexe. Tempête, Arrêt.149
Contrairement à Raparlier, il considère l’e d’un mot en -ere, en l’occurrence lumière, comme « très-ouvert », ce qui montre bien que le caractère assez subjectif et peu reproductible de la distinction e ouvert - e moyen persiste en cette seconde moitié du xviiie siècle.
En pratique
Dresser en quelques pages l’historique de la prononciation des e en français ne permet bien sûr pas de traiter la question de manière exhaustive. Cette démarche a néanmoins le mérite de révéler les hésitations de l’usage, perceptibles dans l’évolution des règles de versification, dans le débat grammatical et dans les écrits sur le chant. Elle permet de constater que, malgré toutes les errances et les disputes, l’opposition e sonore - e muet et, plus subtile, la distinction e fermé - e ouvert sont des constantes absolues de la langue littéraire. Alors qu’une démarche similaire à propos de la voyelle a conduit à une remise en question de l’opposition [a]-[â] et à son quasi-abandon pour le chant, l’étude des e français indique au contraire que le choix judicieux de leur timbre a toujours été l’un des signes auxquels on reconnaissait un bon orateur. Ceci devrait inciter les chanteurs férus de musique ancienne à ne pas obéir simplement à leur instinct (ou à la loi du moindre effort), mais au contraire à peaufiner, de la manière la plus précise possible, la prononciation de leurs e, et à être capables de justifier leurs choix.
Est-il possible, maintenant, de résumer la question de manière aussi concise que synthétique, afin de permettre au chanteur pressé, sinon de trouver une réponse à toutes les questions, du moins de s’orienter ? Je prends le risque d’en faire l’essai (tabl. 1).
J’admets que les timbres de base de l’e ouvert ([è]) et de l’e fermé ([e]) sont restés stables au cours des siècles. L’e féminin ([ë]) s’est quant à lui labialisé ([Ë]), assez précocement dans certains parlers populaires, plus tardivement dans le bon usage, probablement pas avant Bacilly (seconde moitié du xviie siècle) dans le chant. Il existe, fort heureusement, un certain nombre d’e dont le timbre n’a pas varié au cours de la période considérée, comme par exemple l’e final des mots en -é. D’autres e ont clairement changé de timbre, sous l’effet de deux causes principales :
- Les « lois de position », qui amènent un certain nombre d’e primitivement fermés à s’ouvrir, comme ceux des mots de la série pere, mere, frere sous l’influence des consonnes qui les suivent. Une telle évolution, même si elle prévaut finalement dans la plupart des contextes, se heurte à une grande résistance savante : l’e fermé reste souvent la référence, la marque du bon ou du bel usage, c’est-à-dire du discours le plus soigné et le plus soutenu. L’e ouvert, quoique largement usité dans la conversation et parfois acceptable dans la déclamation, garde une connotation nettement plus vulgaire, mais peut-être moins empesée dans certains cas.
- L’humanisme qui, avec le renouveau de l’étude du latin, amène la sonorisation (le plus souvent en e fermé), de bon nombre d’e féminins à l’intérieur des mots. Dans cette évolution, qui ne se fait guère sentir avant le xvie siècle, les milieux savants jouent au contraire un rôle moteur.
Dans le tableau ci-dessous, j’utilise les conventions suivantes :
- J’indique, pour chaque classe de mots ou chaque siècle, la prononciation la plus logique, la plus « correcte » ou la plus soutenue.
- Lorsque j’indique deux prononciations non séparées par une barre oblique, c’est soit qu’elles coexistent à une époque donnée, soit qu’il n’est pas possible de trancher entre elles deux, par manque de données historiques.
- Lorsqu’elles sont séparées par une barre oblique, la seconde est soit moins plausible historiquement, soit minoritaire, en cours d’émergence ou en voie de disparition, soit moins soutenue. En principe, elle ne devrait pas être adoptée sans une raison précise, par exemple une rime atypique, ou alors le désir de suivre l’avis minoritaire d’un grammairien. Certaines prononciations, qui ne sont attestées qu’exceptionnellement, ne figurent pas dans le tableau.
- Le signe > indique une évolution au cours de la période concernée, le ∅ que l’e en question n’est pas prononcé, le tiret (–) que la classe de mots correspondante n’existe plus ou pas encore.
- Les liens renvoient aux points du texte où les problèmes sont discutés. Les astérisques pointent sur les commentaires spécifiques au chant.
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Siècle (moitié)
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11-12
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13
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14
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15
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16
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17(1)
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17(2)
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18(1)
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e accentués dans les mots à terminaison masculine
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-é(s)
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noms, adjectifs, participes
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chanté-je, aimé-je
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-el(s)
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tel, quel (a lat.)
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bel, nouvel (e lat.)
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-er(s)
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infinitifs (a lat.)
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mer, amer, cher (a lat.)
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fer, enfer, hiver, Jupiter (e lat.)
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-es/-ez
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noms, adjectifs, participes,
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formes verbales sauf futurs (a lat.)
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2e pers. pl. futurs (e lat.)
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tu es, succès, procès, après
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-est(s)/-êt(s)
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il est
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forêt, intérêt, arrêt
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-et(s)
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met, net, -et diminutif (i lat.)
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secret, discret (e lat.)
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Autres termin. masculines
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étymologie
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lois de position
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Siècle (moitié)
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11-12
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13
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14
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15
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16
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17(1)
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17(2)
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18(1)
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e accentués dans les mots à terminaison féminine
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-ée
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[e]
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[e] |
[e] |
[e] |
[e]
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[e] |
[e] |
[e] |
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-el(l)e
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elle pron. (i lat.)
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telle, quelle (a lat.)
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belle, novelle (e lat.)
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-ere
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pere, mere, chere (a lat.)
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passés simples en -erent (a lat.)
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misere, mystere, differe (e lat.)
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-ere mis pour -aire (fere, plere)
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[e]/[È])
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[e]/[È] |
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[è]/[e] |
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[è]/[È] |
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[È] [è] |
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[È] [è] |
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[È] [è] |
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[è] [È] |
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-effe, -erbe, -erce, -erche, -erde, -erdre, -erge, -ergne, -ergue, -erle, -erme, -erne, -erpe, -erque, -erre, -erse, -erte, -ertre, -erve, -esche, -esle, -espe, -esque, -este, -estre, -esve, -ette, -ettre
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mettre, evesque, verte (i lat.)
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terre, perdre, teste (e lat.)
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-ebe, -ebre, -ece, -eche, -ede, -edre, -efle, -ege, -egne, -egue, -elque, -epre, -eque, -esse, -este/-estre (s prononcé), -ete, -etre, -eve, -evre, -exe
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Siècle (moitié)
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11-12
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13
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14
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15
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16
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17(1)
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17(2)
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18(1)
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e inaccentués
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e féminin final
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devant voyelle
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autres situations
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devant voyelle
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leal, feal, agreable
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veü, meür
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-ement (adverbes)
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adjectif en -e (seulement)
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adjectif en -é (assurément)
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avant [Ç] ou [J]
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fléchir, léger
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des-, mes-, res-, tres-
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devant consonne
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des- devant voyelle
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e initial
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devant s amuï, une seule
consonne ou consonne + liquide
(église, écrire, évêque)
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devant groupe de consonnes
(herbier, ermite, esprit, erreur)
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e intérieur
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devant -ff-, -ll-, -rr-, -ss-,
-tt-, r + cons.
(terreur, personne, mettons)
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devant une seule consonne
(l. vulgaire)
(frelon, demain, tresor, peter)
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devant une seule consonne
(l. savante)
(généreux, clémence, tragédie)
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Siècle (moitié)
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11-12
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13
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14
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15
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16
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17(1)
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17(2)
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18(1)
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e dans les clitiques
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monosyllabes en e féminin
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(je, te, se, ce, de, ne, que, le)
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et
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[e] [è] |
[e]/[è] |
[e]/[è] |
[e]/[è] |
[e]/[è]*
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[e] |
[e] |
[e] |
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monosyllabes en -es
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les, ces, mes, des devant consonne
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les, ces, mes, des devant voyelle
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très, ès, dès
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cet, cette, cestui (inaccentués)
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[ë] |
[ë] |
[ë] |
[ë] |
[ë]/[e]*
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[ë]/[e] |
[Ë]/[è] |
[Ë] [è] |
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Siècle (moitié)
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11-12
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13
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14
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15
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16
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17(1)
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17(2)
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18(1)
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